Je suis sur la trace d'une femme qui traque son mari, c'est maman qui m'en a parlé
non pas du fait qu'il trompe sa femme, mais du silence entretenu
il y a une fille dans l'histoire
et cette fille, elle n'a jamais compris sa mère, elle a des faux souvenirs sur comment elle l'a élevée
alors ma mère veut que je sois sur la piste, pour comprendre ce qui a pu se passer entre ma fille et moi
quoique dans notre histoire, personne n'a trompé ou trahi personne, enfin, je crois, j'espère!

La traque n'est pas difficile, mais c'est l'histoire qui l'est par contre, et tourne mal,  les vautours planent déjà
pourquoi un homme s'éprend-il d'une mère puis de sa fille?
ce n'est pas le père, ce serait un bel inceste!


comment une femme peut-elle supporter la mort accidentelle de son compagnon au moment où elle apprend que sa fille est la maîtresse de cet homme qui aurait voulu lui avouer qui il "osait" aimait

tout simplement parce qu'elle est rompue à la politique, qu'elle a des nerfs d'acier

oui cette femme ressemble à celle que je fus "avant"

par contre, je ne suis plus telle
elle est "finie" la "magnifique"!
reste la sensible et la raisonnée

je suis fragile, mais mon expérience demeure, elle revient, et elle demeure

être capable d'affronter l'autre!
c'est toujours une épreuve épouvantable lorsqu'on ne cherche pas à avoir implacablement raison, seulement être soi, rester soi, et comprendre!

la mort en revanche est terrible, définitive
la culpabilité est un horrible poison

parfois suivre quelqu'un, fouiner dans sa vie, c'est lui apporter la mort
manquer de confiance, ah!
et pourquoi pas? on a bien raison lorsque la confiance est trahie

oui mais désespérer quelqu'un alors qu'il est vulnérable et "en question"
il y a des moments où il ne faut pas intervenir
ou alors on perd plus que ce qu'on aurait cru!
infiniment plus!
pour gagner quoi?

une TS ignorée
une fille qui se demande pourquoi on a épousé le type censé remplacer un père
un type qui a aidé sa mère à se tirer de mauvais pas
plein aux as et fier au point d'être incapable d'accepter de l'aide en réciproque
une fille qui dit être enceinte, et de qui? de ce beau-père!
Que de complications!

ennemies et complices
mère et fille
de terribles secrets

non, ma fille et moi n'avons jamais vécu semblables circonstances
et ma profession ne m'a point prise à ce point qu'on puisse dire que je lui ai tout sacrifié à commencer par mon enfant!

oui c'est moi qui ai tout assuré, bien matériel y compris
les circonstances étaient telles que, et la "parité homme-femme" étant dans la tendance montante...

personne ne compte plus que toi mon enfant, nous avons failli mourir toutes deux lorsque tu es née ma petite
bien sûr j'aime ton père et nous avons lutté tous les deux, chacun à notre manière pour que tu aies une bonne vie, pour que nous ayons une belle vie ensemble
et ce n'est d'ailleurs pas fini du tout
nous sommes toujours "sur le pont"

lâches?
ainsi sont ils, hommes et pères lorsqu'ils ne savent plus
lorsqu'ils perdent la carte
commbien de fois faut-il les encourager, les rassurer, leur pardonner

la vie était dure et ma santé mauvaise, tout m'est devenu fardeau
pas toi, pas ton père, pas mon boulot mais moi surtout
mon corps qui souffrait
mon cerveau en loques

et je n'avais pas le droit de faire "défaut", il fallait "assurer", alors j'ai assuré
boulot itinérant, conduite de chef
remise en santé
remises à niveau
j'ai manié la truelle et remanié la toiture
souvent

avoir un autre enfant et risquer ma vie? permettre que tu n'aies plus de mère et plus de soutien?
Non! j'ai appris à vivre en responsable!
jamais je ne me suis pliée aux caprices d'autrui, ou aux "airs du temps" depuis que je suis femme

Je n'ai tué personne,
et je t'ai consacré tous mes instants de liberté, loisirs, vacances, toutes mes ressources éducatives avant et après une longue déprime, consécutive à l'abandon d'un homme que j'avais aimé sincèrement et qui s'était joué de moi, prétextant que je m'étais joué de lui! (match nul? non, mauvaise guerre!)

mais non, je ne te prenais pas pour nulle, toi, bien au contraire, je savais que tu pourrais tout faire, réussir partout, bien meilleure que moi en arts et inspirations créatives, tellement synthétique: là où je déversais à profusion mes cascades verbales, tu stigmatisais en quelques lapidaires mots ou graphismes caricaturaux

supérieure et complémentaire

farouche, sauvage, au moins autant que moi mais liante, davantage!

chiante et speed tout autant sans aucun doute

bordélique, OK, comme tous les créateurs et artistes

pourquoi as-tu étouffé l'artiste, les artistes en toi?
peut-être pas tous après tout...

de quoi t'es-tu mutilée pour te punir de n'être point à la hauteur?
à ta hauteur?
à quelle hauteur?

je n'ai rien "rêvé" pour toi et rien imposé

l'exilée perpétuelle que je suis reste bloquée aux temps présents, elle n'imagine pas d'à venir, ni pour elle, ni pour autrui
un jour, dans un avion, en un lointain passé, sa fonction "projets" est décédée!
mais sa fonction "découverte" était née!

nous t'avions proposé un lycée spécifique avec une section étude adaptée mais tu n'as pas voulu de cette voie (exigeante il faut le dire pour une petite "6ème" et exténuant pour les parents provinciaux que nous étions)
nous n'avons pas insisté, je suis restée à l'écoute de ce que tu disais vouloir et préférer

je t'ai aidée à obtenir ce que tu disais désirer
SAUF lorsque mon discernement de mère, aidée du discernement de ton père et de celui de ta grand-mère s'y est opposé, tu n'étais pas majeure, nous étions encore responsables de toi!
nous assumons, persistons et signons

Pardon, mon enfant, de t'avoir aimée, mal sans doute
et d'avoir souhaité t'éduquer et t'accompagner
les frères et soeurs que tu aurais voulus... j'ai eu d'autres enfants, et tu le sais, j'ose espérer que tout ce que tu montras, ô discrètement il est vrai, envers ces accueils et adoptions, n'était pas de l'ordre de manifestations jalouses


tu as de beaux enfants à présent, le temps est si court, à quoi bon l'empoisonner de vieux ressentiments, de décomptes d'actes et de rendez-vous manqués
je sais que tu fais au mieux

comme moi, comme nous

je t'aime
n'en doute jamais
je suis fière de toi et de tes enfants


face à l'adversité?
je suis une tigresse ou une lionne
je continuerai à me battre

et toi?
l'inventive,

est-il perdu le temps où nous vivions en indiens dans les collines?

 

 

lettre à une fille

lettre de sang