*Mister Falcon
22:00 - 23:00
jeu. 9 mars 2017


L'enfant est assis toujours à la même  place silencieux il n'a pas bougé seul détail insolite il tient entre ses mains une tablette dont  il s'applique avec avidité à découvrir le fonctionnement. Il ne lève pas les yeux lorsqu'arrive sa mère. Et continue à  ne pas la regarder lorsqu'elle l'interroge. Elle se demande de qui tient - il cet objet improbable, mais plus urgent s'il n'a pas bougé de là et s' il a vu un vagabond ou des miliciens. L'enfant nie en bloc: il n'a pas bougé d'un  pouce, il n'a vu âme qui vive. Sa mère n'est pas convaincue s'il n'a pas bougé comment a-il eu cet objet? Il prétend avoir vu quelque chose briller près de la cabane et s'être levé juste pour saisir l'objet. Il prétend que l'objet lui appartient puisqu'il l'a trouvé. Sa mère n'est pas dupe et elle pense qu'il faut le rendre à son propriétaire. Elle oblige le gamin à le lui remettre, elle ira le déposer chez le chef du clan qui fera une enquête. Le gamin est furieux. Elle dit que c'est la seule solution pour éviter d'avoir des ennuis. Il dit qu 'il ne reverra jamais sa tablette. Elle dit qu'il est temps pour lui de rassembler ses affaires et de se mettre en route pour l'école. Il dit qu'il n'ira pas sans sa tablette. Elle dit que c'est l'heure d' y aller.

 


Une petite troupe arrive. L'enfant les connaît bien, ce sont les camarades de travail de sa mère. Ils discutent ils n'ont aucune nouvelle.
Il faudrait le trouver avant "eux". Il faudrait quadriller le lieux. Oui mais par deux. Pas de problème. Louis prendrait le secteur de l'école et l'enfant pourrait partir avec lui.
L'enfant trainait des pieds, tapait dans toutes les pierres du  chemin, tirait la gueule et roulait des regards assassins. Qu'est - ce qu'il a ton fils aujourd'hui? Je lui ai confisqué un jouet. Un jouet?  Mais d'où pourrait - il en recevoir? Elle ne savait pas la mère et c'était justement ce qui clochait. Tu es sûre? Oui certaine. Montre l'objet. Mais c'est une tablette! Oui tu as raison, il faut la montrer au chef du clan!

 


Comme elle entrait sous la tente, la nouvelle venait de tomber, on voyait défiler l'annonce en boucle au bas de l'écran du terminal. Le guérillero avait été retrouvé, blessé dans la montagne, il était transféré au quartier général pour y être sommairement jugé puis éxécuté.
La femme pâlit, le chef l'observait silencieux.
Elle posa la tablette sur le bureau devant lui.
Pièce à conviction ?
Non mon fils prétend l'avoir trouvée au pied de la cabane. J'aimerais qu'il ne l'ait pas dérobée.
Tu as regardé dans la cabane?
Non!
Dommage, d'autres l'auront fait.
Il n'en dit pas plus, l'entretien était terminé.

 


Je suis désolé, cette tablette appartient bien à ton fils, elle a servi de monnaie d'échange contre un renseignement précieux qui a permis la capture d'un héros de la révolution.
La femme s'effondra sur le tabouret.
Pendant quelques minutes on aurait pu couper le silence au couteau.
Le chef s'était levé prêt à appeler son aide de camp.
Mais la guerrière tenait le coup, elle reprenait son souffle.
Je vous en prie, il n'est pas responsable,  il ne connaissait pas son père, je l'ai élevée seule, loin de tout, il n'a jamais eu de jouet personnel...
Il n'est pas responsable mais vous l'êtes! Le vouvoiement s'était imposé d'office. Elle regardait obstinément le sol et serrait machinalement les poings.
Vous en prendrez soin n'est - ce pas?
Comme de mon propre fils!
C'est bien!
Elle se leva soulagée, elle reposa la tablette sur le bureau devant le chef du clan, et attendit droite et fière qu'on vienne l'emmener.
Agacé le chef fit jouer la lumière sur l'écran de l'objet.
C'est vrai qu'il "brille" constata simplement la guerrière.
Puis l'un de ses anciens camarades pénétra sous la tente, d'un geste du menton le chef lui désigna la prisonnière.
Maria! souffla -t-il entre ses dents.
Et il l'amena, elle se laissait faire.

Le chef s'assit la tête entre les mains, rien n'aurait pu le distraire de ses pensées sauf le bruit sourd de la chute d'un corps, là - bas,  sur l'aire des exécutions.
 

 

 

Chroniques de braises et de cendres