Voiliers solidaires et sans confession pour jeunes filles aimables et suprêmes

 

Je vis dans un endroit paradisiaque..
Un soleil ardant, une mer lisse de turquoise .
Beauté et gaité s'enlacent : vêtus de couleurs vives, enfants et jeunes gens bavardent sous les ombrages, se poursuivent sur la plage, grimpent aux rochers, débusquent des coquillages…


J'ai loué une bâtisse avec véranda face au port, pour admirer le ballet des bateaux à vapeur, c'est une femme de lettres allemande qui me l'a proposée, son loyer est modique bien que la vue soit imprenable!

Des voiliers arrivent la semaine prochaine, je ne fais que l'écrire et pourtant je les imagine, majestueux, accostant, ployant sous les cargaisons éxotiques prolixes, exalant des senteurs d'épices entêtantes.

J'aime la musique suprême des gréments frottants, grinçants, chuintant, s'entre-choquant. Elle évoque immanquablement celle de grosses sommes d'argent, sonnantes et trébuchantes, de bénéfices juteux à percevoir, de quoi se rendre solidaires de toute injustice, à condition que nous voulions bien tout partager!

Le jeune Eliot a reçu en cadeau une bicyclette, c'est moi qui la lui ai procurée en jouant d'influences, le garçonnet n'est guère prudent, il l'a montrée à tout le monde, ça pourrait me conduire en prison.

Te souviens-tu de ces filles aimables tout de blanc vêtues que nous avions aperçues l'an passé sirotant des grenadines sous leurs immenses capelines, bien rangées sous leur tonnelle de bignonias flamboyants? l'une d'entre elles fait sa communion solennelle, ce qui n'arriverait guère chez nous, chrétiens sans confession.

Les jeunes dames ont donc besoin de jolies robes, tu seras le bienvenu ici, dans leur belle villa.

 

lettre 1


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