03 août 2005

 

Dialogue

-J'ai connu une fille, lorsqu'elle était enfant,
elle était battue et punie quasi quotidiennement

-C'était sans doute qu'elle était capricieuse et méchante

-Non, pas plus,
mais elle n'était pas désagréable à regarder!

-ça n'a rien à voir!

-Si...
et elle avait une intelligence très vive
et le sens de la répartie

-ça n'a rien à voir!

-Si!
Et elle aimait la vérité et la liberté!

-Tu penses que ça a à voir avec?

-Je pense.
Et on ne s'arrêta pas là avec elle...

-Tu me fais peur, il y eut pire?

-Oui, pire!

-Tu ne veux rien en dire?

-Non, je ne veux rien en dire, elle s'adapta, par force!

Elle décida de n'avoir jamais mal, même lorsqu'on la frappait très fort.
Elle décida de n'avoir jamais peur, même lorsqu'on la menaçait terriblement.
Elle décida de n'être plus belle, ni attirante pour qui que ce soit.

-Alors, elle s'est "tuée"?

-En quelque sorte!

-Pourquoi ne disait-elle rien?
Pourquoi ne dénonçait-elle rien?

-Parce que chez ces gens-là, ça ne se fait pas Monsieur!
Au contraire, on se surpasse, on se domine, on s'étouffe au sens propre et figuré!

-Ce ne sont pas des surhommes, quand même?

-Tu n'es pas loin, ils ont vécu tant de tribulations, de violences et d'adaptations...

-Et c'est pour ça?

-On les a trahi, fait taire, contraints à l'exil, menacés, niés, ils ont changé de nom et de nationalité tant de fois...
Ils ont leurs manières et leur sens du devoir et de l'honneur...
Ce ne sont pas de méchantes gens!

-Difficile alors.
Qu'est-ce qu'elle est devenue?

-Devine...

-Peut-être alors:
Psychopathe? Psychiatre? Avocate? Pédiâtre?

-Un peu trop, pour une seule personne et une seule vie, non?
Elle était un peu artiste, du genre "performer" je pense, et MLF je crois, en tous cas.

 

-Elle en a plusieurs de vies peut-être?

-Qui sait?
en fait elle était du genre "suffragette", mais elle aimait les hommes, tous les Hommes!
sauf ceux du genre qui l'avaient maltraitée.

-Elle avait un ami?

-Elle a eu beaucoup d'amis, mais un seul était respectueux et fidèle.

-Et elle?

-Plus difficile...
Mais elle savait garder sa place, son alliance et son rang.

-Tu veux dire qu'elle l'avait épousé, avec robe blanche et tout?
et qu'elle lui restait fidèle?

-Oui, et tout!
Ce qu'elle avait subi, ne l'avait curieusement pas "marquée",
en quelque sorte, c'était une terre sauvage, noble, comme vierge et réservée.

-Eh bien!
et ensuite?

-Elle connut d'autres violences, de différents ordres,
en différentes occasions et lieux...

-Elle avait le profil victimaire, et devenait la proie des autres?

-C'est plus subtil que ça!
Elle continuait à être superbement indépendante et elle n'avait pas la langue dans sa poche.
Elle génait...

-On ne la respectait pas?

-On la craignait et on la jalousait, on semait calomnie et zizanie sur son passage,
on essayait de la séduire, on s'y cassait les dents!

-Elle cachait sa beauté cependant, non?

-Pas toujours! C'était une femme!
Et elle aimait la toilette, les parfums.

-Séductrice? mais, elle devait souffrir, non? et trop fière pour le laisser paraître?

-L'endurcissement était sa nouvelle nature, depuis l'âge nubile...

-Qu'est-ce qu'elle est devenue?

-Je n'en sais rien.

-Mais tu l'as connue il y a longtemps alors?

-Oui, plusieurs années auparavant nous travaillions ensemble, elle était très triste, déprimée on pourrait dire, fragile, fatiguée, usée, aux abois.
Elle commençait à éprouver consciemment de la douleur et des sentiments, mais elle n'en pouvait plus.

-Et alors?

-Elle est partie en maison de repos, et je lui ai téléphoné une ou deux fois,
ensuite, on m'a découragé de le faire, ils l'avaient mise, parait-il, en quartier d'isolement.  Pas moyen de vérifier!
Je n'ai pas eu la persévérance d'appeler une troisième fois, c'est difficile de contacter quelqu'un en hôpital
, lorsqu'on n'est pas de la famille, mais je pense encore beaucoup à elle malgré les années.
D'autant plus que c'est moi qui l'ai "remplacée" au travail.

-Tu n'as pas pu l'aider avant la dégringolade?

-J'ai fait tout ce que j'ai pu, mais c'était au-dessus de mes forces et on n'était pas tendre avec moi non plus dans mon entourage proche et professionnel... C'était elle ou moi, j'ai choisi moi, à ce moment là! Je n'avais véritablement pas le choix! Mais je l'ai protégée au maximum, comme je le pouvais.
Ce n'était d'ailleurs plus d'un grand secours pour elle! Elle ne s'alimentait plus ou presque...c'était "voyage en enfer sans retour"!

-Tu n'as pas une adresse, un téléphone?

-Non, elle ne les donnait à personne, et elle changeait très souvent de domicile et de région, une vieille habitude de prudence ancestrale et d'auto-défense.

-Quelqu'un a peut-être de ses nouvelles?

-Elle aurait disparu!

-Disparu de l'hôpital?

-Disparu de chez disparu!
Plus aucune trace ni nouvelle, tu comprends?

-Pas retrouvée?

-NON!

-Depuis longtemps?

-Oui!

-Et son mari?

-Il espère toujours je pense, mais...chaque jour doit peser plus lourd que le précédent!

-Tu crois qu'elle est...

-Peut-être, j'en ai vu d'autres qui...
Je pense à elle et à sa famille, enfin ceux qui l'aimaient... et l'attendent encore.

-C'est incroyable la solitude de certains êtres!

-Oui! et l'acharnement harcelant que l'on développe autour d'eux, au lieu de leur tendre véritablement la main!
Et d'ailleurs j'en ai connu une autre qui a fini par refuser toute main tendue, et toute aide médicale.

-Et?

-On l'a retrouvée plusieurs semaines après dans un canal.

-Tu la connaissais bien?

-C'était l'une de mes soeurs!

-Ah, désolé! Franchement...

-Tu ne pouvais pas le savoir!

-Il y eu enquête?

-Evidemment!

-Et, on a su de quoi...

-Non, mais on pense que ce n'était qu'un hasard, un accident!

-Et toi?

-Je n'en sais rien...elle était au bout du rouleau lorsque c'est arrivé.
Parfois, il me semble qu'en fait, nous n'avons qu'une seule et même âme, elle et moi...

                          (à Leyla , Mireilha, Tintin, Danièle, Ghyslaine, Andréane, Anna et à toute autre que je chéris ou chérissais...................................................................)

 

 

dialogue 1

chronique retrouvée

Août 2005